Remaniement, crise sociale, destitution de Kèlèfa Sall : Les vérités de Dr Faya (Entretien)

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Dans cette interview accordée à Guinéenews© cette semaine, Dr Faya Millimono, président du Bloc Libéral (BL), se prononce sur les différentes crises que traversent actuellement le pays et répond également au ministre de la Justice qui menacerait de le traduire en justice pour ‘’outrage à magistrat’’. Le président du BL ne passe pas sous silence l’annonce de l’opposition d’aller à de nouvelles manifestations si les voix qui lui ont été « volées » lors des dernières élections communales, n’étaient pas remises en place. Lisez :

Guinéenews© : accueilli au palais du peuple par des femmes qui demandent la reprise des cours, à l’occasion du la fête du 8 mars, le président de la République a annoncé sur-le-champ un remaniement imminent de son gouvernement qui sera composé, dit-il, de ministres qui seront à l’écoute du peuple. Qu’en pensez-vous ?

Dr Faya Millimono : cette annonce, à mon avis, devait faire partie du discours qu’il a tenu cette semaine. Ça aurait davantage enrichi le discours, ça aurait davantage capté l’attention des populations. On ne dit pas que c’est la solution aux multiples crises, mais c’est une des solutions que de penser de faire un balayage dans son entourage. Mais tout va dépendre de la qualité des hommes et des femmes qu’il va choisir, leurs compétences et leur intégrité. Tout va dépendre également de la feuille de route qui sera donnée, tout va dépendre de la marge de manœuvre qui sera donnée à ces messieurs et dames qui seront coptés pour appartenir au gouvernement. L’essentiel ne sera pas de mettre en place un gouvernement, mais de mettre en place un gouvernement qui soit composé de gens compétents et intègres, capables d’apporter le changement qu’attendent les Guinéens.

Guinéenews© : certains analystes politiques estiment que le lieu choisi pour annoncer ce remaniement et le fait de tout mettre au compte des gens qui l’ont accompagné jusque-là pourraient  créer d’autres crises. Qu’en dites-vous ?

Dr Faya Millimono : Dans tous les cas, il faut bien qu’il l’annonce. C’est à lui de prendre des dispositions pour limiter les dégâts parce que c’est clair que s’il décide de faire un changement majeur dans la façon de choisir les grands commis de l’Etat, il y aura beaucoup qui vont dire au revoir.

Guinéenews© : L’actualité est actuellement marquée par des crises successives dans le pays. Il y a celle que traverse la Cour constitutionnelle qui est d’une importance capitale pour les politiques que vous êtes. Quelle analyse en faites-vous ?

Dr Faya Millimono : Vous savez, ces derniers temps, même si ça ne plait pas au ministre d’Etat, Cheick Sako, je suis très critique à l’égard des magistrats. Parce que je tiens à la paix dans le pays. Ces élections dans lesquelles nous sommes encore, nous avons déjà déploré des morts, des blessés et des dégâts matériels importants. Il y a des gens qui ont de grandes responsabilités dans ce pays, les magistrats. Ce sont eux qui doivent rendre la justice dans ce pays. Ils doivent implémenter la justice dans ce pays pour que la paix s’installe. Quand nous voyons que ceux-là jouent à la politique, ils se font manipuler par les politiques, nous crions et très fort pour être entendu. Peu importe ce que cela va provoquer. On appelle ceux qui sont à la Cour Constitutionnelle des sages, ils sont 9. Mais ce qu’ils ont fait récemment, surtout les 08, qui ont publié une déclaration de destitution du président, n’ont pas posé un acte sage. Ils ont posé un acte d’activistes politiques. Ce n’est pas ce que nous attendons d’eux, parce que, quoique nous ne soyons pas tous des spécialistes de droit, les lois sont écrites dans un français plein. Donc, le sens se comprend. L’article 4 de la loi portant création, organisation et fonctionnement de la Cour Constitutionnelle prévoit que le président de ladite Cour est élu pour un mandat de 9 ans non renouvelable. Donc, Kèlèfa qui a été élu il y a 3 ans, a encore 6 ans devant lui. Après les 6 ans, il s’en va. Mais avant, c’est lui, sauf si Dieu le prend, sinon pour une raison ou une autre, il est empêché de manière définitive. Ce qui n’est pas encore le cas. Ce qui vient de se passer montre qu’il y a une volonté, ce qui est l’arrière-pensée nous ne savons pas, mais il y a une volonté d’évincer Kèlèfa Sall. Nous disons qu’il ne faut pas s’y aventurer. Aujourd’hui, pour tous ceux qui ont le souci pour l’avenir de la Guinée, la protection de la Constitution passe par celle de Kèlèfa Sall. Qu’on l’aime ou pas, c’est le président de la Cour Constitutionnelle. Et donc, tout ce qu’on a vu récemment, nous a troublés et ça nous a choqués.

Nous invitons les sages de la Cour Constitutionnelle à se comporter en sage, pas en activistes politiques. Kèlèfa Sall est là pour 9 ans, nous prions que Dieu le garde en santé, il doit être là pour 9 ans. Il est l’un des personnages clés de la protection de notre Constitution. C’est pourquoi nous invitons nos sages qui ont commencé à s’activer que ce n’est pas de la politique qu’on les invite à faire, ce n’est pas leur mission là-bas. La mission, c’est d’être les gardiens de notre Constitution et des lois de la République. C’est un rôle fondamental qui leur est confié. Nous ne les connaissons pas comme activistes, nous les estimons comme sages au-dessus de la mêlée pour défendre l’intérêt commun.

Guinéenews© : Dr Faya Millimono, il y a le ministre Cheick Sako qui vous accuserait d’’’outrage à magistrat’’. Que s’est-il passé et que répondez-vous à cela ?

Dr Faya Millimono : Vous savez quand j’ai entendu parler de cette menace envers ma personne, ça m’a amusé. Et je rêve d’être devant une cour ou un tribunal pour répondre aux chefs d’accusation. Et comme je l’ai dit dans mes communications précédentes, Me Cheick Sako sera mon premier témoin à la barre. Et mon souhait, c’est qu’il ne fasse pas preuve de parjure. Parce que s’il le fait, ça failli coûter la présidence à Clinton aux Etats-Unis. Vous savez, il s’agit de certains magistrats. Je me suis toujours battu et dans toutes mes communications, j’ai mis l’accent sur la nécessité de mettre les magistrats guinéens dans les conditions de vie et de travail, parce qu’ils ont un rôle fondamental à jouer. Ce sont eux qui doivent implémenter la paix dans le pays à travers la justice. Quand je découvre que certains de ces magistrats peuvent se comporter de manière délinquante, c’est choquant. Durant les élections, je vais citer deux ou trois cas. Le premier cas, le jour du dernier délai du dépôt des candidatures, le parti que je dirige avait une liste à présenter à Bêta, dans Yomou. La liste, aussitôt déposée, a été rejetée. Alors qu’il était prévu qu’un bulletin soit rouge soit donné pour dire que le dossier n’est pas au complet, vous pouvez le compléter ou encore, il faut le compléter parce qu’il est vert. Puisque la loi prévoit en pareille circonstance une possibilité de recours, on a fait appel, il a refusé de traiter. Il a fallu que j’appelle lui-même, Cheick Sako pour qu’il fasse appeler le monsieur par un membre de son cabinet pour que ma requête bénéficie de son attention. Le deuxième cas, c’est à l’issue de ces élections. Les mathématiques qu’on nous a produites à Bianmou, seul K au Carré peut les comprendre. Parce que c’est une insulte. Pythagore se remuerait peut être 40 fois dans sa tombe. Lorsque 12 plus 5 est égale à 81. Ça, c’est quelque chose qu’on a vécue là-bas. Il y a des chiffres dont le calcul par une calculatrice ou alors par Excel vous donne 231 chiffres alors que chiffre de la CENI c’est 689. C’est un jeu qui a été fait pour nuire au BL. A l’issue, les deux autres compétiteurs ont eu leurs chiffres augmentés de 182 et l’autre de plus de 900 voix. Et, pour la même circonscription, le BL a perdu 308 voix. Alors qu’on devait avoir 4 élus, on n’a eu que 2. Le dossier a été préparé, le recours a été fait, le monsieur me dit au téléphone, je me pencherai sur votre requête quand je vais avoir les instructions de ma hiérarchie. Pour moi, ce n’est pas un magistrat qui parle comme cela. C’est un criminel. Et quand on dénie la justice à un justiciable en tant que magistrat, vous poussez le justiciable à se faire justice lui-même. Je me bats pour la paix. Peu importe ce que cela peut me coûter, je considère ceux-là, non pas comme des magistrats, mais des criminels. Le troisième cas, c’est celui de Lola où un recours collectif avait été fait. Il a refusé de l’examiner, il disparait pour quelque temps. Ç’avait même fait du bruit dans les médias jusqu’à ce qu’il réapparait pour dire que votre requête est recevable du point de vue de la forme, mais du point de vue fond, l’Etat n’a plus de moyen pour reprendre les élections. Quel est son problème ? Est-ce que cela est dit dans une seule disposition légale qu’il possède. C’est un pur déni de justice. Ce genre de personnes, je le dis et j’aurai l’occasion de le dire, dans une cour de justice que ce ne sont pas des magistrats, ce sont des criminels. Si cela vaut mon interpellation, je suis tout à fait à l’aise de répondre. Et comme je l’ai dit, Cheick Sako sera mon premier témoin à la barre.

Guinéenews© : Autre chose, c’est la menace de l’opposition d’aller à des manifestations de rue si toutefois ses requêtes par rapport à ses voix obtenues lors des élections communales ne sont pas remises en place. Quelle est votre position ?

Dr Faya Millimono : Vous savez, le débat aujourd’hui, c’est de dire que la CENI ne peut pas changer les résultats. Ceux qui le disent ont raison. Au regard de la loi guinéenne, la CENI ne peut pas changer les résultats des élections. Elle n’a ni la compétence, elle n’a même pas l’intégrité pour qu’on lui fasse confiance. Mais le problème qui se pose, c’est un problème de construction de la paix dans notre pays. Je viens de vous donner quelques exemples de chiffres, j’aurai l’occasion de vous montrer quelques chiffres, ça va vous faire tomber à la renverse. Il s’agit de corriger tout cela et de sortir les résultats tels qu’ils sont sortis des urnes, ce qui est l’expression de la volonté populaire. Si cela ne se fait pas, les décisions que nous avons déjà prises, c’est premièrement ne pas reconnaitre les élections qu’on a eues à Bianmou, Guésso, Tékoulo et bien dans d’autres circonscriptions. Et si nous disons nous les reconnaissons pas, c’est que nous sommes prêts à user de tous les moyens légaux pour empêcher l’installation d’un conseil illégitime. Et donc  M. Cheick Sako n’a pas besoin de se presser. S’il y a une plainte, envoyez-moi la convocation, je répondrai. Il n’a pas besoin de l’annoncer. Puisqu’il a annoncé, il sera mon premier témoin à la barre.

Guinéenews© : Parlons à présent de la crise que traverse  le système éducatif guinéen. Le SLECG reste déterminé à poursuivre son mouvement de grève tant que ces revendications ne seront pas prises en compte face à un gouvernement qui ne semble pas vouloir ou pouvoir faire assez de concessions. S’il  vous était demandé un message à l’endroit des deux parties, qu’auriez-vous à dire ?

Dr Faya Millimono : A cette question, je réponds non pas en tant que politique, mais en tant qu’enseignant et parent d’élève. Et c’est à ce titre que lorsque j’ai rencontré le président de la République dernièrement, après l’avoir écouté ce qu’il voulait me dire, j’ai profité pour attirer son attention sur la crise dans le domaine de l’éducation. Je suis enseignant, je sais que les enseignants en Guinée ne vivent pas de leur métier. Ça, c’est un fait. C’est pourquoi d’ailleurs les gens nous demandent si nous travaillons ou nous enseignons, comme si enseigner n’était pas travailler. Nous sommes de ceux qui pensent que l’éducation en Guinée sera dans de bonnes mains le jour où l’Etat guinéen va attirer vers l’éducation les meilleurs cerveaux et réussira à les garder. On a toujours renvoyé à demain ce qui devait être fait aujourd’hui. Et le président ne peut pas convaincre les Guinéens aujourd’hui à l’effet qu’il n’y a pas d’argent pour satisfaire les revendications syndicales, lorsque le gouvernement qu’il dirige, avec zèle, se fait parler de lui en matière de distribution d’argent pour acheter les consciences. Durant les élections, c’est beaucoup de francs glissants qui ont été distribués aux gens pour voter pour le président ou pour le parti au pouvoir. L’argent du peuple doit servir à payer décemment tous ceux qui sont dans le service public. Mais ce n’est pas ce que nous sommes en train de vivre, malheureusement. Je crois que du côté des syndicats, ça commande à se maitriser parce que la cacophonie au sein des organisations syndicales, c’était un manque de respect au peuple de Guinée. Je crois qu’elles ont pris la hauteur à ce niveau. Maintenant que vous vous êtes comprises, donnez-vous les mains pour que les enseignants que nous sommes ayions le traitement dont nous avons besoin pour enseigner à nos enfants et préparer ainsi, par ricochet, l’avenir de notre pays. C’est le message que j’ai à donner au syndicat.

Au gouvernement, je demande d’arrêter de jouer avec l’avenir du peuple. Nous avons connu des grèves dans ce pays qui n’ont pas été déclenchées par un élu syndical en 2005, mais l’autorité était-là pour régler avec bonne foi jusqu’à obtenir quelque chose. On se rappelle les promesses de Lansana Conté au début des années 1990. Ce n’était pas un syndicat qui avait déclenché la grève. Mais les autorités qui étaient-là étaient obligées de négocier et de bonne foi. C’est ce à quoi nous invitons le gouvernement à faire pour que la crise au niveau de l’éducation soit résolue, pas déplacée. Déplacer, c’est attendre à demain ce qui peut être résolu aujourd’hui. Payez les enseignants un salaire décent et exigez que ceux qui viennent à l’éducation soient des gens compétents, bien formés pour enseigner nos enfants et ainsi préparer l’avenir du pays. C’est le message que j’avais à adresser aux uns et autres. Je crois que dans les jours qui vont suivre, en tant que parents d’élèves, nous devons donner l’ultimatum clair aux uns et aux autres pour trouver la solution à ce problème. Parce qu’on ne peut pas accepter que l’année soit blanche pour nos enfants. On ne peut pas accepter que nos enfants aillent en classe, ils ne trouvent pas les enseignants et que du chemin de retour, ils ont des accrochages avec des forces de l’ordre et qu’on nous parle de blessés ou des morts parmi eux. Il faut que, en tant parents d’élèves, nous élevions le ton pour être entendus au nom de l’avenir de nos enfants.

Entretien réalisé Guilana Fidel Mômou pour Guinéenews© 

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